La Zone Critique

Un lieu d'éducation et d'expérimentation pour notre survie alimentaire

Sophie Laberge-Chamberland

“La fine pellicule produite par l’action des vivants est la totalité de l’Expérience des vivants. Elle réagit vite et beaucoup. Elle réagit à vos actions et celles des générations qui nous ont précédé. Nous partageons avec tous les autres vivants cette mince pellicule de vie.”

  • Bruno Latour, 2019

Notre expérience de vie est définie par La Zone Critique, une fine pellicule qui est la totalité de l’Expérience des vivants. Cette mince portion de l’atmosphère, réagit rapidement et énormément à nos actions et celles des générations qui nous ont précédé. Les changements actuels affectent le monde entier, et donc, nous aussi les québécois. Il est primordial de faire attention à cette pellicule de vie pour la perpétuité de notre espèce ainsi que celle des autres. Les changements climatiques sont la plus grande menace à cette perpétuité. De plus, la crise sanitaire a mis sous lumière notre insécurité alimentaire par les pénuries éprouvées. Pourtant, cette insécurité était préexistante, car le Québec dépend depuis longtemps des importations de produits alimentaires étrangers. Cette dépendance aux produits d’importation est insoutenable à long terme pour des raisons majoritairement écologiques et socio-économiques. Tout vivant doit s’alimenter pour persister, et ce dans le respect de la Zone Critique. Ce projet architectural propose une solution pour la transition écologique des productions maraîchères du Québec en tenant compte des facteurs écologiques, sociaux et économiques de la ville de Rigaud. À travers ce projet, nous rêvons d’un Québec autosuffisant et résilient sur le plan alimentaire.

 

Le plus grand secteur de production agricole au Québec est la Montérégie dont Rigaud fait partie. Cette région est le garde-manger du Québec. La production maraîchère de Rigaud représente 70% de sa production agricole. Toutefois, 88% de cette production est de la monoculture. Cette technique agricole n’est pas une pratique écologique, elle contribue à l’appauvrissement des sols et à l’utilisation des pesticides. Par conséquent, cette technique agricole exacerbe les effets des changements climatiques, et ne contribue pas nécessairement à l’autosuffisance alimentaire d’un peuple. 

 

La transition écologique du secteur agricole et alimentaire québécois est clé dans la lutte aux changements climatiques. Cette transition passe principalement par le partage de connaissance sur les pratiques résilientes et écologiques en agriculture maraîchère et la valorisation des relations symbiotiques entre les vivants dans un but régénératif. C’est pourquoi l’articulation d’un lieu de connaissance en matière d’éducation et d’expérimentation à Rigaud propulsera la Montérégie vers une nouvelle entité qui est à l’écoute de son milieu et des besoins de sa communauté. 

 

Le projet proposé est une construction alternative visant l’éducation des acteurs du secteur agricole et la sensibilisation de la population à la réalisation de l’autosuffisance alimentaire. Les activités passeront par l’exploration et la démonstration des différentes techniques actuelles et d’antan pour une production maraîchère résiliente. Puisant dans le mouvement de la permaculture, le bâtiment démontre la possibilité d’une autosuffisance alimentaire et énergétique en relation symbiotique avec son environnement. Le bâtiment est une “machine vivante”. Un objet permettant les échanges entre les vivants et le non-vivant. Un objet perméable. Un objet régénératif.

Ce projet dédié à l’avenir du Québec revisite des choses du passé, mais avec de nouvelles perspectives et de nouveaux moyens. Il est dédié à rêver que les rivières et les ruisseaux ne soient plus contaminés par une agriculture destructrice, que les gens aillent au marché dans leur village, et qu’une économie riche en culture et en connexions se développe. Il est pensé pour entraîner et épauler une masse d’agriculteurs dans le passage de l’agriculture de masse à des milliers de petites fermes résilientes partout sur le territoire qui nourrissent leur communauté locale.

 

L’avenir du Québec c’est la biodiversité, la nature, l’écologie, c’est travailler avec les gens, les petites fermes, c’est de bien manger, d’avoir de beaux produits, c’est le terroir, c’est prendre soin de la Zone Critique!