À TABLE!

Assurer la sécurité alimentaire aux nouveaux arrivants

Laurence Lebel

Face à l’enjeu de l’isolement social des nouveaux arrivants, la proposition met de l’avant l’éthique de la sollicitude. En évitant soigneusement de tomber dans l’institutionnalisation du problème ou la victimisation de ses usagers, cette éthique aux couleurs féministes met au centre de l’expérience morale la dépendance et le souci de l’autre, plutôt que la liberté et le détachement. En portant l’attention sur les notions de « se soucier de », « prendre en charge », « prendre en soin » et « recevoir le soin », l’éthique du care pose la question du lien social différemment : « Elle met au cœur de nos relations la vulnérabilité, la dépendance et l’interdépendance. Elle rend ainsi audible la voix des fragiles et met en garde contre les dérives conjointement marchandes et bureaucratiques de nos sociétés néolibérales. » (Brugère, 2017) 

 

Ainsi, les individus sont loin d’être des entités séparées. Au contraire, ils dépendent des uns et des autres pour la satisfaction des besoins de la collectivité, et ce tout au long de leur vie. Dans cette perspective, l’éthique de la sollicitude peut et doit concerner chacun dans la mesure où chacun est, ou peut devenir un « aidant ». C’est ainsi que Joan Tronto, philosophe américaine, en vient à définir l’éthique de la sollicitude : « Activité caractéristique de l’espèce humaine, qui recouvre tout ce que nous faisons dans le but de maintenir, de perpétuer et de réparer notre monde, afin que nous puissions y vivre aussi bien que possible. » (Zielinski, 2010) 

 

En abordant lui aussi la dimension interpersonnelle et la dimension sociale, le projet thèse questionne le rôle moral de l’architecture dans l’intégration des nouveaux arrivants. À table ! propose donc une intervention à l’échelle du quartier qui vise, à travers la culture alimentaire, à devenir une partie active de la ville de Mercier-Ouest, un point de référence permettant les échanges mutuels entre les nouveaux arrivants et les résidents locaux. 

 

À cette fin, la nourriture devient le moyen d’échange linguistique, culturel et culinaire de la population du quartier. Perçue comme un objet d’échange, un cadeau qui peut être partagé et échangé, la préparation de la nourriture et le partage d’aliments est en soi un acte social et un moyen de connecter avec les autres. Il n’existe pas de meilleur moyen pour rassembler la communauté et développer le sentiment d’appartenance. Ces activités alimentaires regroupées en une seule entité architecturale, participe, non seulement à améliorer l’accès aux produits sains, mais contribue également à l’identité locale du quartier à travers la culture alimentaire. Ainsi, le projet donne aux immigrants la possibilité d’agir en tant qu’hôtes et donne à la communauté locale un aperçu des cultures respectives à travers des plats typiques. 

 

L’objectif est d’éduquer et d’impliquer la communauté dans la culture, la récolte, la conservation, la cuisson, le partage et le compostage des aliments, mais également dans le développement des interrelations entre les résidents et nouveaux arrivants. Agissant comme catalyseur social, le projet tente de faire rayonner les relations sociales entre les différentes populations du quartier.

 

Et s’il était possible de vivre, produire, entreposer et vendre de la nourriture en ville au même endroit, tout en favorisant la rencontre, la fusion et l’expérimentation ?

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