TOUT LE MONDE DANS MA COUR.

Audrey-Anne Belleau

14h45, la cloche sonne. 1200 jeunes sortent de l’école secondaire Édouard-Montpetit et s’empressent de quitter leur environnement scolaire. La pression liée à la réussite scolaire et le manque identitaire de leur cour d’école les poussent à s’en détacher une fois les cours terminés. Tandis que les élèves de l’école primaire voisine sont accueillis par le service de garde, les étudiants de niveau secondaire cherchent en vain des lieux pour se retrouver. Ainsi, la grande majorité retourne à leur domicile jusqu’à l’arrivée de leur(s) parent(s).


Loin des idées préconçues qui associent l’isolement social aux ainés, le sentiment de solitude chez les jeunes est un phénomène présent et grandissant. Cet état physique et mental est principalement engendré par le manque de contacts, de rôles sociaux et de relations mutuelles satisfaisantes. L’absence d’un bon réseau social à cet âge affecte leur engagement dans la société et complique les grandes phases de transition de la vie. Durant cette période charnière, ils ont besoin de moments pour se déconnecter de la machine, pour se tourner vers les autres et pour être actif physiquement. Ce dernier est un facteur qui favorise la solitude puisque la santé physique est inversement proportionnels à l’isolement social.

 

Pourtant, dans la majorité des cas, même si les cours d’école du Québec sont spatialement généreuses, elles sont le reflet d’un décalage entre l’enthousiasme des jeunes pour les périodes de récréation et l’énergie mis sur la qualité de leur aménagement. Ces fractures dans l’horaire académique ont néanmoins toujours été considérées comme primordiales à la réussite scolaire des élèves. Alors pourquoi ne pas utiliser la cour comme outil pour contrer l’isolement social? Pourquoi ne serait-elle pas transformée en parc, une opportunité pour les jeunes de bouger, de se rencontrer et de s’identifier à leur environnement scolaire?

La tombée des frontières entre la cour d’école et le reste du quartier permet une mixité sur le site, un lieu accessible pour tous et en tout temps. La requalification des rues avoisinantes inclue des mesures d’apaisement de la circulation et de nouveaux corridors sécuritaires pour l’utilisation de transports actifs vers les écoles. En positionnant l’arrivée des tous les véhicules vers la rue Hochelaga qui dispose déjà d’un niveau d’achalandage plus élevé, les autres voies se libèrent pour la mobilité alternative. Sur le site, la présence des surfaces bétonnées est limitée et placée loin des espaces aménagés pour les jeunes. Le nouvel aménagement prévoit un programme divisé en deux grandes catégories qui répondent à des objectifs spécifiques. Le premier est de connecter socialement les jeunes et de les appuyer dans toutes initiatives et partenariats avec les organismes du quartier. Il se traduit architecturalement par plusieurs pavillons accueillant un espace repas adaptés aux heures de diner, une cuisine communautaire et une salle polyvalentes. Le deuxième objectif est de motiver les jeunes à être plus actif physiquement. La stratégie adoptée est de les sensibiliser à l’impact des déplacements sur la santé en instaurant de multiples parcours vers l’école et à l’intérieur de la cour d’école. Une variété de mécanismes permet désormais aux jeunes de grimper, de sauter, de glisser et d’utiliser des équipements sportifs mis à leur disposition.

Ces circuits sont ludiques, adapté aux quatre saisons, et ponctués de pavillons ouverts sur leur environnement. Ils sillonnent les différentes facettes de ce nouveau paysage et offre une expérience nature en ville. L’entièreté de la cour d’école est travaillée de manière à devenir un parc urbain végétalisé; un remède écologique pour un quartier qui favorise une biodiversité plus riche. Cette nouvelle anatomie du site est permise grâce une densification hétérogène et abondante de la végétation qui se modifie au fil des saisons et des années. La structure et les matériaux utilisés pour les pavillons se fondent à leur environnement et laisse place aux interactions et aux interventions des jeunes et de la communauté. Plutôt que de percevoir leurs comportements comme restreints, brimés, étouffés[3] par les règlements et les contraintes physiques de la cour d’école, les élèves pourront désormais prendre le contrôle de leur cour et s’identifier à leur environnement scolaire.

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Avec l'appui de la Chaire Fayolle-Magil Construction en architecture, bâtiment et durabilité - Université de Montréal

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