ENTRE VOISINS

Un commun pour Mercier Ouest au fil du ruisseau Molson

 

Alexandra Dion-Fortin

Une reconquête du temps

Le système économique actuel a poussé nos sociétés à croître, performer et travailler toujours plus. On assiste cependant à de nombreuses remises en question de ces paradigmes, notamment par le biais des théories de la Décroissance. Les « économies alternatives » proposées s’entendent sur le fait que cette recherche de croissance constante a mené à une forme d’aliénation, une perte de sens. L’idée fondamentale de ce projet serait donc une Reconquête du temps par le biais d’un espace pour les citoyens, dans la ville, et plus particulièrement dans Mercier-Ouest.

 

Un bâtiment manifeste

Déjà, dans les années 60, l’urbaniste Henry Lefebvre développait le concept du « Droit à la ville ». Dans sa plus simple expression, c’est une autogestion complète. C’est de dire que les personnes qui utilisent la ville en déterminent la forme et la fonction. C’est dans cette optique que s’ancrent les deux aspects fondateurs du projet, découlant des enjeux et des potentiels propres à ce quartier:

 

Le premier aspect : Travailler autrement, soit, une reconquête du temps et des espaces de la ville. Il est question ici d’espaces alternatifs de travail, autogérés et flexibles pour les travailleurs, les artistes et la communauté de Mercier-Ouest.

 

Le second aspect : Manger localement, soit nourrir une communauté de proximité. Le projet comprend donc des espaces de production alimentaire biologiques à petite échelle, pour la communauté et ouverts à tous, en réponse au désert alimentaire du secteur.

 

Les communs : vers la ville de demain

De tels principes peuvent se traduire dans la ville par des espaces qu’on nomme les « communs », soit des espaces autogérés, ni publics, ni privés, dans lesquels sont partagés les responsabilités et les usages dans une optique de mise en commun de ressources sociales, environnementale, matérielle, etc. Cette idée de remettre en question les paradigmes de la propriété individuelle ne date pas d’hier. Le terme « commun » découle en effet des écrits de Elinor Ostrom, qui dans un article de 1968 parlait déjà de méthodes alternatives de gestion des ressources dans une optique de partage communautaire. À Montréal seulement, il existe plusieurs exemples de communs : le Bâtiment 7 à Pointe Saint-Charles, le réseau de ruelles vertes, la Remise, une bibliothèque d’outils collective, ou encore le Champ des possibles dans le Mile-End. En bref, les principes du projet pourraient être multipliés et transformés à travers différents quartiers, selon les besoins et désirs des citoyens. À chaque voisinage son « commun ».

 

Le programme du bâtiment proposé serait donc à l’image des principes des communs. Afin de répondre aux deux pôles majeurs adressés par le projet, l’établissement comprendrait à la fois des espaces et ateliers constituant des milieux de travail stimulants, générateurs de patrimoine collectif, mais également des lieux de production alimentaire autogérés, des serres et des zones de permaculture extérieurs, ouverts à tous les citoyens du quartier.

 

En somme, ce bâtiment manifeste, rassemblant un pôle créatif (travailler autrement), un pôle alimentaire (manger localement) ainsi que des aménagements bleus faisant réapparaître la mémoire du ruisseau Molson servirait d’exemple pour enclencher la création de communs pour chaque voisinage.

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Avec l'appui de la Chaire Fayolle-Magil Construction en architecture, bâtiment et durabilité - Université de Montréal

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