Un paysage pour apprendre

Un lieu de sensibilisation au bord de la rivière Rigaud

Anne-Laurence Bellefeuille

Dès la fondation de la ville de Rigaud par les premiers colons venus s’installer, la rivière Rigaud s’impose comme un personnage marquant du récit historique et culturel de la région. Située au cœur de la ville, la rivière est perçue comme un élément identitaire, fondateur et essentiel au développement du territoire. Avec la crise climatique actuelle et la problématique des inondations, la rivière est rapidement pointée du doigt comme étant la source du problème. Toutefois, il découle plutôt de la perception que nous avons du monde qui nous entoure et de notre façon de construire et d’habiter le territoire. En effet, nous occupons le territoire en nous dissociant de notre environnement naturel et vivant. Selon l’écrivain et philosophe français Baptiste Moziot, cette crise écologique est alors une crise de la sensibilité qui se traduit par : « l’appauvrissement de ce que nous pouvons sentir, percevoir, comprendre et tisser comme relations avec le vivant. » (Morizot, 2018). Il est donc indispensable de donner un accès aux berges de la rivière dans le but que ce paysage riverain soit découvert, ressenti et compris et qu’il ne soit plus réduit à un simple décor. Dans la situation que nous traversons actuellement, comment par l’élaboration d’un projet l’architecture, est-il possible de rétablir et redécouvrir notre rapport à eau?

 

L’intervention se positionne sur le site historique du vieux-moulin situé aux abords de la rivière Rigaud. Face à la fragilité du site, l’objectif est de restaurer le caractère du paysage riverain, tout en offrant un lieu de sensibilisation captivant pour la population locale invitant à une réappropriation des berges. Le projet souhaite alors proposer un programme de sensibilisation environnementale par l’entremise des arts. Le choix de ce médium est lié à son processus à travers lequel l’artiste et le récepteur sont amenés à découvrir, ressentir, comprendre et finalement agir à travers la création. Le projet permet abord aux artistes de réfléchir sur les enjeux environnementaux liés aux réalités de Rigaud. Les espaces extérieurs et les éléments naturels du site deviennent à la fois la source d’inspiration, le médium de création et le lieu de diffusion. L’architecture soutient le processus artistique en plus d’offrir un lieu de rencontre et d’échange pour la population, les jeunes et les artistes. Le moulin participe également à transmettre la mémoire du site et l’importance de la rivière.

 

Le projet se traduit donc par des gestes dans le paysage, agissant comme des repères pour le comprendre et le mettre en valeur. Les seuils, les modulations, les points de vue et les cadrages permettent de multiplier les expériences avec l’environnement naturel et vivant, car ces expériences vont jouer un rôle prédominant sur notre sensibilité envers celle-ci. 

 

« Au final, nous ne conserverons que ce que nous aimons ; nous n’aimerons que ce que nous comprenons et nous ne comprendrons que ce qu’on nous enseigne. » (Dioum, 2019)